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Conflits dans le monde

Ce blog propose des analyses sur l'actualité dans le monde, dans ses faits divers: politique, social, culturel, économique, et religieux. L'accent est particulièrement mis sur les conflits si inhérents à la nature humaine, expliquant leurs motivations dans les contextes qui les font naître, sugérant les possibles voies à leur résolution. Damien Delesti Mbaouya

Présidentielle Centrafricaine: Comment gérer les polémiques autour du scrutin?

Publié le 6 Janvier 2016 par Damien Delesti Mbaouya in Conflits politiques

Les faits

 

Avec 53% des procès verbaux traités pour un taux de participation de 72% sur l'ensemble du territoire, l'Autorité Nationale des Elections(ANE) continue de faire son travail quand bien même très difficile. Des polémiques surgissent ces derniers jours, autour des irrégularités. Celles-ci poussaient un groupe de candidats en instance de perdre le fauteuil présidentiel, a agité l'opinion publique pour un arrêt du processus électoral en vue d'une assise pour un éventuel consensus.

L'Autorité Nationale des Elections a rejetté l'idée en argumentant sur la loi consensuelle qui régit son fonctionnement et dont les partis politiques étaient des co-signataires. Le gouvernement a également réagi dans ce sens, par la voie du ministre de l'Administration du Territoire Mr Modibo Bachir Walidou, pour qui la loi autorise chaque candidat à se faire représenter au niveau de l'ANE et dans les bureaux de vote.

Les irrégularités étaient connues aussi bien des observateurs nationaux, qu'internationaux voire même des candidats. Pourtant, à la fin des élections le 30 Décembre 2015, elles ne faisaient pas encore l'objet de polémiques. Comment se fait il que du coup, celles-ci reviennent en force comme argument principal des contestataires sachant que la plupart d'eux se voyaient déjà en grands perdants des élections?

 

Comprendre et gérer

 

Du point de vue de l'analyse du conflit, on peut faire trois rapprochements du scénario l'attitude des contestataires, leur comportement et la propre situation des élections vue sous l'angle d'un conflit entendu comme une compétition.

 

-De L'attitude

L'attitude des contestataires est compréhensible à partir de deux aspects: l'émotion et la construstion d'images "Nous perdants, hai, les autres gagnants aîmés". Avant le déppouillement des bulletins de vote, tous étaient sereins, on dirait tranquilles, chacun avec une expectative plus ou moins hallucinante de son score. Quand surgit le moment où le deppouillement commençait a creuser l'écart entre les vrais favoris au fauteuil présidentiel (c'est-à dire ceux estimés par le peuple) et le reste des candidats, les émotions de ces derniers, s'aliénaient de la serenité, au dégoût, de la tranquillité à la perturbation, de l'estime des autres candidats, à la jalousie et à la haine. Ce mécanisme plus ou moins latent au départ, finit par être manifeste atravers la monté du tempérament. Ce qui obscurcit immédiatement la raison dans des déclarations du type: l'Autorité Nationale des Elections doit arrêter le processus de deppouillement. Intention en fait, illégitime car seule la cour constituitionnelle est en mesure d'invalider le processus. En plus de cela, ils vont contre la volonté des citoyens qui désirent voir à la fin de ce processus électoral, un Nouveau Président Centrafricain sans tergiversations. L'émotion domine aussi en faisant oublier les coûts économiques et surtout les difficultés de récolte de fonds qui ont prévalu avant le début du processus électoral. La solution dans une telle agitation est de les reprendre sur un ton plus calme et rationnel pour faire entendre la voix du peuple qui continue dans l'anxiété, d'attendre la première apparition en public de son Président.

Le deuxième aspect qui touche à l'attitude de ces constestataires est la  pseudo-construction d'images: "Nous perdants sommes hai-les autres gagnants, sont aîmés" .

A notre avis, l'argument des irrégualarités constatées bien qu'il soit vrai en certaine mesure sans pour autant compromettre la transparence et la crédibilité du scrutin, est en train d'être récupéré sous forme de chantage et de fausse propagande. C'est un rideau, car derrière cela, il y a l'inaceptation d'images des favoris qui viennent en tête de liste, scénario qui n'était pas prévu au départ. Touadera, Dologuélé (ou Dologuélé, Touadera), Kolingba, Bokassa, sont vus par les contestataires comme des gens plus aîmés qu'eux alors qu'ils ne sont pas autant meilleurs que les autres perdants. C'est l'excès d'auto-narcissisme qui, en background, nourrit les contestataires. C'est l'attitude typique de la classe politique Centrafricaine. C'est encore un héritage du vieil esprit centrafricain qui continue de hanter ceux qui en sont issus: Ministre sous tel Président, PDG sous tel ministre...Et les démons se transmettent de Père en Fils, du Président au Ministre, du Ministre au PDG.

Dans l'imaginaire centrafricain, avant l'arrivée du Pape François le 29 Novembre à Bangui, les démons hantaient presque tout le pays du fait de la réputation de la violence et d'attitudes destructrices. Par la bénédiction finale du Pape, de la terre centrafricaine recueillie dans une calebasse à la fin de la liturgie du dimanche 30 Décembre, 2015, les prince des démons était chassé hors du pays. Et cela devenait une réalité dans la dernière semaine qui avait précédé les élections par la fuite d'un ex-guerrier hors du territoire centrafricain. Cette bénédiction doit être souvegardée et l'esprit de concorde qui l'eut nourri. 

  Certains candidats pourraient se prendre à eux-mêmes pour leurs attitudes indiscrètes avant les élections. C'est le cas de Mr Ziguélé  du MLPC . Ce dernier a pu passer à côté d'une victoire certainement historique pour sa carrière politique, n'eurent été sa propre mésaventure en se proclamant allié de l'international socialiste, les dérapages de ses manoeuvres avec l'ex séléka, le rapte du parti de Patassé, et surtout le chantage folklorique de son directeur de campagne qui le voyait déjà Président partout avec un suffrage de 53%. Le socialisme en France peine à libérer  les Français de leurs problèmes actuels. Comment les centrafricains en reconnaissant cela peuvent-ils élire le Mr du MLPC? Si autrefois il était favori mettant en ballotage défavorable l'ancien Président Bozizé, aujourd'hui la réalité est bien différente. Lui et son directeur de campagne, auront vendu l'ours avant de l'avoir tué. Le Nouvel Esprit Centrafricain sait déjà se désolidariser des orgueilleux de la République. Et certainement la France d'aujourd'hui, dans la moindre mesure, a su éviter ceux qui aiment appeler le général De Gaulle 'Mon Papa De Gaulle'.

Pourtant, le malheur des uns, fait le bonheur des autres. L'autre face de la monnaie continue de jouer en faveur de la surprise Touadera très discret mais éficace. Aussi, l'avancée confirmée de Dologuélé assez discret mais perspicace. Voilà le secret des leaders humbles, que le peuple centrafricain se prépare à désigner, comme son Serviteur. 

D'autre part, on peut voir dans l'attitude de ces contestataires, une volonté enfouie de pérenniser la compétition dans une attitude conflictuelle post-électorale. Loin d'exiger une simple assise en vue de consensus pour des modalités à tenir jusqu'à la fin du processus électoral, il se pourrait qu'ils veulent obtenir au-delà des élections, une garantie de leurs intérêts personnels au nom "des irrégularités", atravers des promesses, de partage du pouvoir avec le Nouvel Elu. Idée du vieil esprit centrafricain, qui doit être rejetté immédiatement, par un sérieux renouvellement de la classe politique centrafricaine. Il y a bien beaucoup de travail à faire et ceux-ci, perdants, doivent en chercher un par eux-mêmes pour prouver qu'ils sont capables de travailler ensemble comme opposants démocratiques.

 

-Du comportement.

Leur comportement se construit dès lors sur une polarisation d'attitude atravers laquelle ils sont inclinés à promouvoir des actes destructifs en vue de saboter le processus électoral. Acte du genre "puisque nous sommes hai, nous allons le prouver jusqu'au bout". Ceci les emmènera à manipuler leurs supporters sur base de processus électoral non transparent à cause d'irrégularités. La solution ici, c'est que les propres candidats en tête de liste doivent s'approcher d'eux, pour leur montrer une certaine sympathie et démontrer le travail ardu et juste de l'ANE dans un tel contexte de crise.

 

De la Situation des élections

Enfin, le dernier point sont les 'élections comme telles vues comme un conflit alors qu'elles s'insèrent dans une dynamique de compétition. Qui dit compétition dit antagonisme des contraintes, dit rivalités, ou poursuite d'intérêts divergents. Le contexte dans lequel se sont déroulé les élections est bien lamentable. Celui de la guerre fratricide. Les éfforts déployés par les uns et les autres pour en arriver là, ont été héroiques. Aucun des étrangers en République Centrafricane oeuvrant dans au nom de la communauté internationale, n'aurait aimé resté dans notre pays incessamment sans rentrer voir sa famille. Moins encore ceux qui soutiennent financièrement n'auraient aîmé livrer tout l'or du monde dans un unique pays à la merci d'une classe politique irresponsable. Il y a bien d'autres peuples du monde qui en ont besoin, de cette assistance humanitaire. De cette situation de crise, il se pourrait aussi que la propre communauté internationales lassée de rester en Centrafrique, lâche le processus d'une certaine manière en favorisant rapidemment l'élection d'un Président de la République et le mieux posicionner dans les premières tendances. Une explication des rôles jouées par la communauté internationale aussi bien que celles de la France pendant le processus à ce niveau, s'avère important pour une conclusion sur la transparence du scrutin. 

Par contre, arrêter un processus électoral en cours, revient à se poser beaucoup de questions: qui financiera les jours de repos des travailleurs de l'ANE? Des observateurs? Sera -t-il possible que ces contestataires le fassent? Combien avaient ils investi dans leurs propres campagnes? Et s'ils avaient investi, pourquoi n'avaient ils pas déployés leurs répresentants dans l'arrière pays et dans tous les bureaux de vote pour superviser les votes?

Il y a au fond, un manque de sérieux et un degré elevé d'irresponsabilité que le Nouvel Esprit Centrafricain doit combattre.

Comme nous l'avions dit dans notre précédent article (http://transformationduconflit-rca-com.over-blog.com/2016/01/centrafrique-les-elections-presidentielles-et-legislatives-de-la-competition-a-la-cooperation.html), les candidats à la fin du processus électoral, doivent arrêter de se voir en ennemi. Leurs agendas politiques bien que différents durant les campagnes, doivent toutes converger vers l'unité, en vue de reforcer le processus de la reconstruction en cours. Il n'y a eu aucun candidat qui à notre avis, eu proclamer programmes de developpement contraires au bon sens durant sa campagne électoral. Chacun avait donné le meilleur de sa pensée sur les refondations de la République. Mais la compétition a pour règle principale, le choix du meilleur. Et le meilleur ne signifie pas l'exclusion des autres. Au contraire, l'idée exige une politique inclusive qui resserre les liens de la concertation à la base (tenir compte de la voix du peuple et non celle de quelques leaders en perte de vitesse). Car pour l'intérêt général de la Nation Centrafricaine, les bonnes idées n'ont pas les couleurs des partis politique pour en être exclu. Tel est le Nouvel Esprit Centrafricain qui constitue une des meilleures découvertes de la Transition de 2013-2016 que nous apprécions. La consultation à la base, partout et toujours. Le problème des concertations entre leaders politiques, est qu'elle n'inspire pas souvent la volonté populaire, et se termine avec le partage du gâteau entre amis, parents et concubins en terme de distribution de postes ministériels. Un candidat élu, doit travailler librement, avec des ressources humaines compétentes loin des exigences fantaisistes tribalo-régionalistes.

Présidentielle Centrafricaine: Comment gérer les polémiques autour du scrutin?
Présidentielle Centrafricaine: Comment gérer les polémiques autour du scrutin?
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